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Association des Habitants du Quartier Jouvenet

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Francis yard Francis Yard (2) Plaque maison Francis Yard Tombe Francis Yard

Francis Yard

(1876-1947)

Le meilleur de la vie est de pouvoir rêver

Longtemps, des soirs entiers de choses impossibles,

Sur un large divan, sans même relever

Le front vers le rayon de chêne où sont les bibles.

(…)

Ah !  rester allongé des heures sur le dos,

Sans bouger, même un doigt (tel un mort dans sa bière)

Et s’en aller tout seul et libre, les yeux clos…

Ah ! s’en aller dans le pays de la lumière…

(extrait de « Rêver », publié dans le recueil « la Chanson des cloches »
en 1921)

Aurore. Brise libre.

Le blé debout encor

Ondule en remous d’or :

Le blé s’étire et vibre.

(…)

Tous les coqs ont chanté.

Le soleil monte immense :

C’est le jour qui commence,

Le royal jour d’été.

(…)

Au miracle du jour,

La terre éblouissante

S’auréole, puissante,

De chaleur et d’amour.

(extrait de « Matin », publié

dans le recueil « A l’image de l’homme » en 1910)




       Amoureux de la vie, attaché à ses racines campagnardes normandes, mystique, tel était Francis Yard, surnommé « le poète des chaumes ». Peu sans doute surent mieux que lui parler de la Terre, de la poésie qui émane de nos campagnes, de la sensibilité profonde de l’homme. Il pouvait être tour à tour lyrique, ironique, désabusé …, bref humain.



       Francis Yard, ou plutôt Athanase François Yard, naît le 13 septembre 1876, à Boissay, petit village normand près de Rouen.

        Sa mère meurt quand il a 12 ans, son père s’occupe peu de lui et de son frère Théodore (qui meurt bientôt sous les drapeaux) ; et c’est le grand-père maternel, le « père Varin », paysan cultivé, qui l’initie aux travaux des champs et lui apprend à aimer la terre. Le grand-père emmène aussi Francis à Rouen une fois l’an, et c’est l’occasion pour le jeune garçon d’acheter les livres qu’il dévore. Le Père Martine, un ancien berger, lui apprend les secrets de la nature : le cycle des saisons - avec ses nombreux dictons qu’il reprendra dans « le chant de la terre » -, le langage des étoiles …

       Entre la vie des champs - il est pâtre -, l’école communale, où il se révèle brillant - il est le premier garçon du canton à obtenir le certificat d’études -, et l’église, où le curé lui apprend le latin et lui fait servir la messe, Francis se forge une culture solide et polyvalente.


 J’ai le doux souvenir de mon heureuse enfance …

       

       Le jeune poète a maintenant vingt et un ans et la vie parisienne l’attire. Il y passera deux ans, à fréquenter les cercles d’artistes à la mode. En 1900, il publie son premier recueil de poèmes : « Dehors ». Il est enfin connu : Montmartre et le Quartier latin le sacrent « le Poète des Chaumes ».


       Cependant, la vie parisienne lui parait bien éloignée de ses racines campagnardes, il revient en Normandie, où il reprend ses études : en octobre 1905, il est nommé instituteur à Montivilliers.


       En 1906, il publie un nouveau recueil de poèmes : « l’An de la terre », qui connaît un grand succès : chacun se reconnaît dans les paysages, les travaux des champs qu’il peint avec flamme. 

Le front baissé, les reins courbés, l’épaule haute,

les jambes s’écartant, la faux dans les deux poings,

aux rayons du matin l’homme coupe des foins

dans un carré fleuri du versant de la côte. (…)

(extrait de « Faucheur », du recueil « l’An de la terre »)

       

       Francis Yard continue à écrire des recueils de poèmes chantant la terre et l’homme : « A l’image de l’homme » (1910), « la Chanson des Cloches » (1921), « les Goélands » (1923), « la Maison des Bois » (1927), « la Pipe » (1927), « le roi Octobre » (1930). Mais aucun ne connaîtra autant de succès que l’an de la terre.


Le temps serait si bon si on avait le temps …

Mais il faut travailler  à la gloire des autres,

Et d’un tas de bavards se faire les apôtres …

Puis, manger son pain dur avec des airs contents.


Les jours seraient si beaux si l’on pouvait les vivre

En plein air lumineux du matin jusqu’au soir …

(…)

(extrait de « Le temps », du recueil « La Pipe » 1927


       Déçu par ce revers, Francis Yard arrête d’écrire des poèmes et se lance dans la rédaction de trois almanachs régionaux, en 1930, 31 et 32, ouvrages qui réunissent nombre de proverbes de Noël, de dictons … racontés par le Père Martine. Le poète illustre ses œuvres de dessins qu’il grave lui-même dans le bois, à la manière des vieux artistes du pays.


Rosée et fraîcheur de mai

Donnent vin et foin au pré.


Juin fleuri

Paradis !


       Francis Yard revient à la poésie avec « Choix de poèmes » (1932) et « Sur le Robec » (1933). En 1933, il publie un livre en prose, « Légendes et Histoires du beau pays de Normandie ».  Bien illustré, ce livre rapporte des histoires et légendes du Pays de Caux.


       Mais le succès n’est plus au rendez-vous et le poète ne publie plus rien avant 1944, année de « Mon Village », recueil de contes et d’anecdotes du village de Boissay.


Avant de commencer par le jour de l’an, n’oublions pas

 les haguignettes de la veille. C’était la dernière quête de l’année.

(On a voulu voir dans « Haguignette »,

 un souvenir du gui druidique.

 Mais le substantif « éginad » (celtique)

 qui veut dire prémices de l’année,

 a très probablement présidé à la formation de notre mot.)

Donc, la veille du jour de l’an, les enfants allaient de porte en porte en chantant comme ceux-ci :

Haguignette à Saint Thomas,

A tout’ les maisons j’m’en vas

Avec mon panier au bras

Pour demander d’la galette,

Des nouroll’ et des gâteaux,

Haguignolos !



       Parallèlement à sa carrière littéraire, Francis Yard est instituteur dans différentes écoles de Normandie. Marié en 1909 à Marthe Martel, il a bientôt deux enfants : Madeleine,  née en 1910 et René en 1914. En 1911, il est nommé à l’école Leroy-Petit à Rouen, où il reste pendant vingt ans. Lassé par son métier, il prend sa retraite dès qu’il le peut, en 1931.

       Il mène dès lors une vie retirée des cercles littéraires et des honneurs : il « boude » même la légion d’honneur qui lui est attribuée en 1932.

       La mort de sa fille, en 1936, le laisse désemparé ; il se met à boire, rabroue ses amis,  et s’installe en ermite dans son « cabinet de travail », pièce indépendante de sa maison de la rue de la Rampe, à Rouen.

       En 1940, il refuse d’accompagner sa femme et son fils en zone libre. Lui qui a fondé sa vie sur le symbole de la liberté, supporte très mal l’occupation allemande et reste cloîtré à lire, ravitaillé par les rares amis qui supportent encore sa susceptibilité, comme Renaudin et Yvonne Barbier, une artiste.

       Quand Marthe Yard revient à Rouen, après la Libération, son mari est dans un état lamentable : il a l’air d’un gueux, ses jambes sont couvertes d’engelures, il vit sans lumière et sans eau et refuse de regagner la maison. Son esprit reste pourtant intact et il continue à recevoir ses amis sur son lit aux allures de grabat.

       Le 21 février 1947, atteint d’une congestion pulmonaire, Francis est transporté à l’hôpital : « Voilà, je fais comme Verlaine, je vais mourir à l’hôpital. »

       

       Francis Yard avait toujours eu une anxiété en voyant venir le mois de février ; mars était pour lui le mois sauveur, le mois du renouveau. C’est au dernier jour du mois de février 1947 qu’il meurt. Il est inhumé au cimetière monumental de Rouen.


       En 1957, une plaque sera apposée sur la maison de la rue de la Rampe, rebaptisée rue Francis Yard le 28 juillet 1947. En 1997, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, l’Association des Habitants du Quartier Jouvenet lui a consacré une exposition, à la baraque, avec lecture de ses poèmes.

O chère liberté !  ma sœur délicieuse,

Dis-moi, te souviens-tu des sentiers d’autrefois ?

Revoici les beaux jours et l’heure insoucieuse

Où nous allions cueillir des mûres dans les bois.


Sœur !  me reconnais-tu ? Je suis l’enfant des plaines,

Le sylvain des taillis, l’écolier en sabots,

Qui buvait dans ses mains l’eau fraîche des fontaines,

Et qui chantait tout seul en gardant les troupeaux.


J’ai quitté la maison, les grands boeufs et l’étable.

Je t’ai perdue aussi pour un pain très amer …

Puisque je te retrouve au soleil, sur le sable,

Viens, nous allons chanter des chansons à la mer.

(« Invocation brève », du recueil « Les goélands », 1923)


Texte écrit par Françoise Peltier


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